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Description
Le « Létagonins » est un concept socialement construit pour désigner la femme « battante » en vue de s’affranchir de la domination masculine. Il évoque celle qui a pour leitmotive, une réalisation de soi par le travail. C’est d’ailleurs à juste titre que ce concept signifie dans une des langues locales ivoirienne, notamment le gouro : femme garçon. Ce sont des femmes qui manifestent une profonde passion pour la commercialisation des produits vivriers à Abidjan. Elles les transportent depuis des contrées villageoises, des plus reculées à travers leur appartenance à des groupements associatives bien structurés. Elles sont parvenues à travers cette passion autour de l’activité à faire de la Cote d’Ivoire, un pays autosuffisant en denrées alimentaires en Afrique de l’ouest. Cette passion les a emmené à se substituer aux collectivités territoriales et à créer des marchés privés, dénommés « marché gouro ». Le monopole et le leadership féminin créées autour de leur gestion force le respect, l’estime et l’admiration à leur égard. Cependant, derrière cette passion du vivrier se cache un engagement de ces femmes dans les dépenses funéraires ; une activité culturelle coutumièrement dévolue à la filiation agnatique. Cet engagement les poussent parfois à transgresser les normes locales afin de s’y créer un espace de visibilité. La transgression de la coutume par ces femmes sous le prisme de leur positionnement social est la manifestation symbolique de la déstandardisation des rapports homme femme dans l’organisation des funérailles en pays gouro, dans le centre ouest ivoirien. La compréhension de cette déstandardisation du genre a attisé notre passion en tant que chercheure. De fait avons-nous mobilisé l’ethnographie comme méthode d’observation des pratiques funéraires de ces femmes. Sous ce rapport, l’étude retrace les stratégies de négociation de l’accès au terrain ainsi que celles misent en œuvre pour négocier l’accès aux informations.